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Interview Camille

Camille, racontez-nous votre parcours.

J’ai un parcours que l’on peut qualifier de « classique ». J’ai commencé le judo en club à l’âge de 6 ans, puis j’ai été approché pour intégrer un pôle sport étude à l’âge de 14 ans. Je suis passé par le pôle espoir de Rouen, qui est le premier échelon de haut-niveau, puis par le pôle France de Caen avec quelques stages à l’INSEP (Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance). En parallèle, j’ai suivi un parcours universitaire en STAPS pour pouvoir concilier les études et le sport.

Nous savons que vous êtes appareillé. Vos troubles auditifs apparaissent à quel moment ?

Je suis appareillé depuis l’âge de 15 ans environ, suite à de nombreuses otites. En 2010, on me découvre une tumeur bénigne du nerf auditif, qui entraine une perte auditive encore plus importante. Depuis, il m’est très difficile d’entendre sans mes appareils auditifs.

Etre sportif de haut niveau en étant appareillé est une situation « particulière ». Comment le gérez-vous au quotidien ?

Très bien, cela ne me pose aucun problème. Lorsqu’il s’agit de m’entraîner, de technique ou de démonstration, je garde mes aides auditives. Il n’y a que pour la partie combat ou je les enlève.

Et pour les compétitions, comment ça se passe ?

Cela dépend des compétitions. J’ai la particularité de faire les compétitions avec les personnes « valides » et avec les personnes malentendantes. Chez les valides, aucune contrainte. J’enlève juste mes appareils pour faire mon combat et je les remets juste après. Par contre, les compétitions malentendantes sont règlementées. Les appareils auditifs sont interdits sur toute la durée de la compétition, du matin 8h jusqu’au podium final. Nous communiquons en langage des signes avec mon entraîneur.

Vous portez un kimono handisport, et non équipe de France. Pourquoi ?

Malheureusement, mon classement ne me permet pas d’intégrer l’équipe de France de judo valide. Il faut être classé dans les 3 ou 4 meilleurs judokas français, je suis dans les 10 à 15 meilleurs. Par contre, je suis n°1 français handisport, ainsi que n°1 européen et n°1 mondial.

En plus du classement national, y-a-t-il d’autres exigences pour intégrer l’équipe de France handisport ?

En tant que malentendant, Il faut une perte auditive bilatérale, d’au moins 55 décibels. Me concernant, je suis vraiment à la limite, car je suis à moins 57 sur une oreille et moins 60 décibels sur l’autre oreille.

Dans le monde du sport, est-ce que vous côtoyez d’autres sportifs de haut niveau appareillés comme vous ?

D’autres judokas appareillés, très peu. Alors que cela n’est vraiment pas une contrainte. Par contre, d’autres sportifs de haut niveau en handisport, oui.

Lorsque l’on a votre palmarès, j’imagine que l’on a plein de beaux souvenirs. Vous en avez un en particulier à partager avec nos lecteurs ?

Bien sûr ! Sans hésiter je vais vous parler de ma première sélection internationale en handisport. C’est un souvenir très marquant pour moi. Sur cette première sélection en Bulgarie, qui correspondait aux JO pour malentendants  et sourds, j’ai gagné. La fédération m’a élu porte-drapeaux pour la cérémonie de clôture. J’en garde un souvenir très fort ! Je me revois face à toutes les délégations étrangères, mes parents, mon amie... ça reste un de mes plus beaux souvenirs de judoka.

Nous avons beaucoup parlé du sportif que vous êtes, mais qu’en est-il de votre vie de tous les jours ?

En parallèle, je suis professeur des écoles. J’ai en charge des classes de moyenne et grande section. Ce sont des enfants de 4 à 5 ans environ.

Avec les enfants, votre appareillage auditif ne vous pose pas de problème ?

Absolument pas. Les enfants me questionnent au moment de la rentrée. Ils perçoivent un objet qui les intrigue et qui souvent leur fait penser à « papi et mamie ». Je leur explique simplement que depuis  plus petit j’ai eu quelques problèmes et que depuis j’entends mal. Mais je n’oublie pas de leur préciser que grâce à ça, j’entends toutes les petites bêtises qu’ils peuvent faire au fond de la classe (rires). A cet âge-là, ça marche très bien ! (rires)

Vous êtes appareillé depuis un certain nombre d’années maintenant. En étant sportif et à la fois professeur des écoles, comment est-ce que vous choisissez vos appareils auditifs ?

Mes premières aides auditives étaient des intras. C’était en 1998. Je me souviens les avoir portés très longtemps, environ 8 ou 9 ans... et ils marchent encore ! (rires) Depuis ma tumeur bénigne, c’est le professeur qui m’a opéré qui me conseille sur tel ou tel type d’appareil. Après mes intras, j’ai porté des contours d’oreille, et depuis peu, je suis revenu aux intras.

Depuis 1998, vous avez certainement noté de belles évolutions technologiques en matière d’appareillage auditif ?

Oui vraiment ! Aujourd’hui j’entends très bien des sons que je n’entendais pas ou mal quand je me suis fait appareiller. Les évolutions sont fantastiques !

On vous sent vraiment très épanoui et vous semblez très bien accepter le fait d’être appareillé.

Être appareillé a changé ma vie. Cela m’a permis de pouvoir suivre à nouveau des conversations, de regarder la télévision avec un volume sonore normal sans déranger toute ma famille, de pouvoir faire des sorties entre amis et ne rien rater... de rester socialement intégré en fait ! Ce n’est que du positif.

Avez-vous un message à faire passer aux personnes malentendantes qui se mettent des barrières ? Ou qui pensent qu’être malentendant est une vraie contrainte ?

Effectivement, être malentendant est difficile à accepter au début surtout quand on est jeune. Mais le bonheur d’entendre à nouveau change tout. De nos jours, il est de plus en plus fréquent de croiser des jeunes personnes appareillées. Finalement, c’est comme porter des lunettes ! C’est courant.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour les mois à venir... ?

Tout d’abord une bonne santé ! (rires) Fin juillet 2016, je participe au championnat du monde handisport, et en 2017 je participerai aux Olympiades. Vous pouvez donc me souhaiter de rester invaincu en handisport au niveau européen et mondial (rires). J’espère finir ma carrière sur une note positive. Vous pouvez également me souhaiter d’obtenir mon DEJEPS (diplôme pour enseigner le judo) et transmettre aux plus jeunes ma passion.

Camille, notre interview est presque terminée. J’aimerai vous laisser le mot de la fin.

Il faut croire en ses rêves. Quand on veut on peut ! Pour finir, j’adresse également un petit clin d’œil au centre AuditionSanté d’Yvetot et je les remercie car l’équipe est toujours prête à m’accueillir dans de très bonnes conditions.

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